About

Artiste plasticien, Stéfane Perraud interroge les impasses et difficultés de ce qu’on appelle aujourd’hui les nouveaux médias. Ce questionnement met en jeu un certain nombre de disciplines, et c’est pourquoi Stéfane Perraud est un artiste pluri- et transdisciplinaire. il opère un va et vient constant entre une pratique plastique et performative.
Son travail plastique explore aussi bien le dessin que la photographie, le montage, l’installation et la sculpture. Pour mieux appréhender le présent, il inscrit son oeuvre dans une démarche prospective. Ce travail s’apparente à une archéologie du futur.
L’un de ses sujets plastiques de prédilection se focalise sur la façon dont la lumière est liée à la fois à la connaissance et au désastre, aussi bien symboliquement que scientifiquement, autant techniquement
qu’esthétiquement. Grâce à diverses techniques électroniques et de programmation de la lumière, il produit un corpus d’oeuvres, de nature sculpturale et visuelle, qui interagit avec le corps, le mouvement et la perception du spectateur. Ces productions, sont aussi des passerelles qui s’érigent entre l’histoire des sciences et celle des arts, correspondances qui visent à la fois à enrichir son travail et à mettre en jeu la mémoire et l’expérience du spectateur.

Lumière, matière et désastre

La part narrative tient une place centrale dans tous les travaux de Stéfane Perraud : pas d’inertie ni de
pétrification, mais une sensibilité au déplacement, qui introduit la possibilité d’une position dynamique
pour le spectateur, d’un regard lui-même en mouvement.
Lueurs, la première installation monumentale de Stéfane Perraud est d’abord une oeuvre du mouvement,
tout comme ses autres installations (Maïa, Fireflies, Explosion, Friction).
Dans les sculptures Fireflies et Masculin/Féminin, dans lesquelles la forme n’est jamais vraiment définie,
Stéfane Perraud invite aussi au déplacement continue du spectateur. D’une trame lumineuse, il fait
émerger deux figures humaines et archaïques (Masculin/Féminin), qui sont figées à tout jamais dans
des tubes de plexiglas, comme les fossiles d’une civilisation perdue. Sans mouvement de la part du
spectateur, la forme n’apparait pas et devant le mouvement, elle semble ne faire que fuir. Il invoque
ainsi un dialogue double entre la sculpture et le spectateur. On y perçoit d’une part une figure humaine
fragilisée par une représentation instable, d’autre part un questionnement sur la dématérialisation des
corps et de la matière.
Dans Explosion#01, 2010, la forme sculpturale se déploie généreusement dans l’espace avec un minimum
de matière. En effet, la sculpture n’est faite que de fins cheveux de cuivre et de lampes invisibles
à l’oeil nu. La dématérialisation atteint un niveau paradoxal, car sans la lumière émise, la sculpture
n’existe pratiquement plus. La déflagration d’une explosion qui est à priori très violente, devient ici
immatérielle, presque douce et délicate.
Stéfane Perraud approfondit cette question sur la matière dans une résidence sur les nanosciences au
Collèges de France, où il créer La règle de trois+1, 2011. Il propose de faire coexister art, science et
iconographie religieuse afin d’y révéler leur similitude et leur velléité créatrice. Stéfane Perraud se pose
ainsi en « démiurge d’une alchimie de la matière », comme l’était l’alchimiste au Moyen Age, lorsqu’il
accomplissait la transmutation des métaux vils en or. Ce questionnement s’accompagne d’une exploration
de différents sujets formels et esthétiques : celui de la retranscription contemporaine de
l’iconographie du Christ, d’une vision artistique de la restauration d’une oeuvre d’art et enfin, grâce aux
nanosciences, de la création d’une sorte d’une aporie, lié à la matière et à la sculpture.
2007-2012

Textes, hypertextes et nouveaux médias

En même temps, depuis 2007, Stéfane Perraud poursuit de manière régulière une collaboration avec
l’auteur Eli Commins, dans le champ d’une recherche théâtrale où l’écriture textuelle, visuelle et sonore
est en lien direct avec le plateau. (Breaking, Writing Spaces...)
La spécificité de cette recherche réside dans la volonté d’articuler la dramaturgie et le jeu de l’acteur
avec des dispositifs technologiques contemporains. Par cette recherche esthétique, les deux créateurs
souhaitent plus précisément confronter le présent de la scène et les divers participants de la « séance
théâtrale » à l’épreuve de processus aléatoires et de procédures combinatoires, qui introduisent nécessairement
de l’indétermination dans le cours de la représentation, en ouvrant l’espace-temps du plateau
aux interactions d’espaces-temps extérieurs (réalité augmentée, Internet).
Si les technologies expérimentées dans ce travail sont souvent sophistiquées, elles n’ont pour autant
pas vocation à proposer des mondes magiques, fascinants de prouesse et de perfection. Elles sont indissociables
d’un projet d’écriture qui s’est fixé pour programme paradoxal la déprogrammation
perpétuelle de la dramaturgie et de la représentation.
Le dérèglement de la théâtralité dans les performances fait écho à l’irruption d’éléments de théâtralité
du côté des installations, avec toujours la préoccupation de donner à voir et à ressentir quelque chose
qui est de l’ordre du lien : lien entre les spectateurs et le dispositif de performance, lien entre diverses
formes de données en temps réel et l’installation au sens spatial du terme. Et un thème qui ne s’efface
jamais complètement : celui de la catastrophe, qu’il s’agit, selon les oeuvres, de prévenir ou de
pressentir.
Il ressort ainsi de ses activités artistiques, personnelles ou collaboratives, une relation évidente et
constante aux nouveaux médias, que Stéfane Perraud questionne de façon régulière en évitant l’écueil
de la fascination pour la performance technologique, toujours préjudiciable à l’expressivité des oeuvres.
S.W.