à venir...
Le projet Boîte Noire est la réalisation d’un objet témoin visant une très longue durée de survie. Ce projet de recherche est une réelle collaboration entre artiste et scientifique, elle ne peut se passer ni de l’un ni de l’autre. ce Ce sera donc une signature double. La Boîte Noire est un cube de taille moyenne. qui se remplit de l'expérience qui l’entoure à l’aide de dif- férents capteurs photographiques, sonores et météorologiques. La Boîte Noire est le témoin d'une vie car elle engrange en son sein des données durant une cinquan- taine d’années. Elle est à la fois le témoin de plusieurs générations mais aussi sa sauvegarde.
- Une double recherche La Boîte Noire est un projet de recherche sur un double concept de conservation :
À la fois sur la conservation d'une oeuvre numérique mais aussi sur la conservation de données environ- nant l’oeuvre sur une durée de cinquante ans. La conservation d'une oeuvre est un concept très récent dans l'histoire de l'art. Elle émerge au 18éme siècle lors des découvertes archéologiques dans les colonies.
Dès lors les musées, les fondations, le les monuments deviennent des sanctuaires hyper-protégés utilisant des techniques de pointe pour une conservation optimale des oeuvres. (ex : AGLAE, l'accélérateur de par- ticules du Louvre) Le centre de mon propos tournera autour de ce concept de conservation qui en dit plus long sur notre civilisation qu'il n'y parait. Pourquoi notre civilisation actuelle conserve-t-elle autant? N’y a-t-il pas dans toutes les villes du monde un musée conservant précieusement le patrimoine national et international. Serait-ce par peur d'une fin annoncée? Ou d’un déclin imminent de notre civilisation boulimique et égo- centrée?
Cette problématique sera donc le point de départ de mon projet. Elle est d'autant plus intéressante que le projet se reliant à elle est une installation sculpturale numérique. La conservation d'oeuvres d'art, dites numériques, est un enjeu complexe dû à la multiplicité et la complexité des médias en jeu.
Dans ce sens, je propose une recherche plastique qui ne prétend rien résoudre, mais tend à soulever le problème dans son ensemble depuis la conception jusqu'à la réalisation d'un “objet”, en tentant de rele- ver un défi technologique de taille, celui du temps et de la mémoire.
Ce nouveau projet est donc en ligne droite avec mes projets plastiques précédents, avec lesquels je mène une recherche sur la représentation du vivant à travers des archétypes ancestraux. La catastrophe comme dans tous mes travaux en sera l’un des thèmes sous-jacents.
- La catastrophe
La Boite Noire, comme son nom l’indique est en résonance avec le dispositif placé dans les avions en cas de catastrophe. Cet objet anonyme, invisible, embarqué dans tous les avions est une présence qui anticipe la catastrophe car elle n’enregistre en cas d’incident que les dernières 30 minutes. 1 Avec chaque avancée technologique, de nouvelles catégories de catastrophe apparaissent. 2-3 Le projet contient deux idées opposées : La conservation et la catastrophe. Pourtant les deux sont intime- ment liées l’une appelant l’autre. La conservation tente d’éviter la catastrophe et la catastrophe invite à inventer les dispositifs de conservation.
- Le dispositif et Le Spectrum
La Boîte Noire est un dispositif qui capture le temps et qui retransmet sa mémoire. Les outils utilisés pour la captation sont simples, ils sont là pour figer le temps avec une économie de moyens. Selon Roland Barthes dans La Chambre Claire 4 (1979) les photographies peuvent être comprises selon 3 points de vue : celui de l’Operator ,le photographe, celui du Spectator, celui qui regarde la photo faite et celui du Spectrum celui dont l’image est prise, le spectre – mot en rapport à la fois à la mort et au specta- cle. Nous nous intéresserons ici au Spectrum.Boîte Noire
Artiste plasticien : Stéfane Perraud Scientifique : en cours
2011
Préparé pour le RAN
La Boîte Noire est une machine de désirs et de fantasmes qui enferme une mémoire pour ainsi dire invi- sible. Comme une pellicule argentique qu’on développerait cinquante plus tard.
- La forme
La Boîte Noire a la forme d’un simple cube de 50 cm x 50 cm. Sa surface métallique comprend 5 camé- ras, 2 micros, 5 écrans Leds couvrant la surface de 5 cotés du cube et un haut parleur. Elle ressemble à un monolithe métallique qui prend vie grâce à la présence des gens qui l’entoure. Elle est recouverte de pa- rois métalliques micro-perforées qui masquent les écrans de leds.
- Emetteur-Récepteur
Autrefois les caméras servant à filmer le réel étaient aussi les projecteurs permettant de visionner les ban- des. La Boîte Noire est à la fois le récepteur et l'émetteur. Elle contient les capteurs et mémoires nécessai- res à la sauvegarde des données, et aussi les écrans, haut parleurs permettant de visualiser, et entendre ces mêmes données.
- Le format et la localisation Il est important que la Boîte Noire soit de format moyen. Elle pourra être ainsi déplacée aisément dans
plusieurs types de lieu. Que ce soient des espaces d’exposition, des lieux publics ou privés, l’objet pourra voyager. Ce nomadisme tend à tourner l’objet d’art vers l'extérieur et à ne pas le restreindre aux lieux cul- turels.
- Le processus
Le projet s’inspire aussi de processus plastiques qu'un certain nombre d'artistes ont déjà mis en place. Pour n'en citer que deux : Josef Beuys, qui considérait la sculpture comme un processus évolutif ouvert et adaptable, vivant et os- cillant entre l’ordre et le chaos produisit des oeuvres qui mutent encore aujourd’hui dans les musées où elles sont accueillis. (ex : Coins de graisse, 1964)
Les 612 Time Capsule de Andy Warhol. Cet artiste a depuis 1974 collecté et organisé dans des boîtes tout ce qui passait entre ses mains jusqu’à sa mort en 1984. La Boîte Noire une fois fermée, prendra une photo par heure, une prise de son de 30 secondes par heure (à décider en fonction des calculs de mémoires). La boîte ne pourra pas être ouverte. Elle entreposera tou- tes les photos et les sons pendant une durée déterminée.
- Intergénération
Elle enregistrera à intervalle régulier la vie qui l'entoure. La machine enregistrera des données (capteurs, images, sons) sur une cinquantaine d'années. Elle sera ainsi le témoin de plus d'une génération. Cet objet, à cause de sa temporalité, est créé pour traverser le temps, il est voué à s’ouvrir sous le regard de généra- tions futures. Ce qui fait de lui un témoin intergénérationnel.
- L’évolution Ainsi le projet Boîte Noire, sera une oeuvre en évolution. Mais, au contraire d’une mutation “perpé- tuelle”, l’installation aura un début et une fin. - L’événement de fermeture qui lui donne sa date d’anniversaire sera mis en scène à la façon d’une per- formance dans un espace culturel. Nous convoquerons un huissier pour authentifier sa fermeture. -Tout au long de son fonctionnement une animation continue révèle l’activité de la boîte par le biais de ses 5 écrans en leds blanches. L’animation est effective lors de la présence de spectateurs pour un souci d’économie. Elle représente le flux d’activité interne de certains capteurs. On pourra ainsi voir défiler des données internes comme sa température, ou son taux d’humidité. - Un événement annuel qui ponctue sa vie par la projection des images prises pendant le cycle de l'année passée. Chaque année, elle donnera à voir sur ses écrans LED extérieurs, le film de l’année passée. Jonas Mekkas dans ses Diaries, prenait image par image des instants de sa vie grâce à sa caméra super8. L’esthétique des films de Mekkas sera une source d’inspiration à ceux qui seront diffusés chaque année sur la Boîte Noire.
Boîte Noire
Artiste plasticien : Stéfane Perraud Scientifique : en cours
2011
Préparé pour le RAN
- L’événement final qui clôture sa fin de vie et qui reste à déterminer (environ 50 ans). À la fin de son cycle la boîte s’ouvrira d’elle même pour donner à voir et entendre l’ensemble de sa mémoire stockée sur son système interne. Les données pourront ainsi s’exprimer, et faire l’objet d’une nouvelle série d’oeuvres pic- turales et informatiques.
- Conservation et problématique technique
Les matières organiques que Josef Beuys utilisaient ou les matériaux concrets que Warhol collectionnaient sont ici remplacés par les composants électroniques de la machine et ses données. Certes les matériaux utilisés ici sont inertes, mais ils ont leur propre durée de vie. L’évolution ne peut donc être éternelle..
- Enjeux technologiques :
Ma collaboration scientifique pour ce projet est capitale. Sans le soutien d’un laboratoire le projet ne verra jamais le jour. J’ai déjà une résidence importante grâce à l’Open Lab qui me permet de créer des collabo- rations avec un certain nombre de laboratoire. (voir Chpt Partenariat) L'enjeu technique principal sera d'énoncer certains principes de conservation d'une oeuvre à fort apport technologique, qu’il soit artistique ou scientifique. Et dans la mesure du possible, d'apporter des solutions techniques viables pour sa faisabilité et ceci grâce à la collaboration d’un ou plusieurs scientifiques.
1 - Le stockage d'information de longue durée L'aérospatiale utilise dans certains cas des mémoires à tores qui permettent une certaine longévité et une stabilité. Le seul problème étant la taille de ce type de stockage due à la quantité de mémoire utilisée dans le projet. Je me tourne plutôt sur les recherches qui ont été faite au Japon sur la mémoire FeFet. Elle serait l'évolution de la mémoire Flash et qui aurait une longévité beaucoup plus importante. (Cf. document technique) Il faudra prévoir le calcul de la mémoire envisagée en fonction du nombre de données stockées, et optimi- ser les photographies/sons/données pour un poids minimal et une qualité optimale.